LES DENDROMICROHABITATS

Par LIBRE FORET

Mot barbare qui vient du grec ancien « dendron », l’arbre, micro = petit, et habitat
voulant dire… habitat.
Ils abritent (dans l’arbre) de la faune, des mousses, des lichens, des champignons, des insectes, des micro-organismes. Ces habitats sont indispensables à des milliers d’espèces souvent spécifiques.
Il existe environ 45 dendromicrohabitats présents sur et dans les arbres. Ce sont les cavités (ou trous dans le bois), les blessures, le bois mort dans le houppier, les excroissances, les champignons, les coulées de sève, ou toute autre plante poussant sur le bois.
Nous vous proposons de les découvrir

Les dendrotelmes

Jean-François PETIT

Ce sont des cavités de l’arbre remplies d’eau temporairement. Leurs parois sont faites de bois en décomposition ou de bourrelets cicatrisants, en haut ou en bas de l’arbre.
L’eau contenue a des caractéristiques physicochimiques très particulières qui expliquent que très peu d’organismes sont capables de coloniser ces milieux. Les dendrotelmes sont utilisés par les oiseaux, les batraciens, et une quinzaine d’espèces d’insectes y vivent (la moitié leur est spécifique).
Leur nombre peut varier considérablement d’une forêt à l’autre, et ils peuvent représenter jusqu’à 45 litres d’eau potentiels suspendus en l’air ou en réserve à la base.

Les loges de pics

Jean-François PETIT

Les pics sont des espèces cavicoles qui creusent leurs loges pour la reproduction, ils l’utilisent aussi pour s’abriter en cas d’intempéries et pour y passer la nuit.
Leur volume va de 1 litre pour le pic épeichette à 15 litres pour le pic noir.
Seuls les pics creusent les loges, ils le font aussi pour d’autres oiseaux cavicoles qui sont incapables de creuser des cavités (chouettes, étourneaux, mésanges,
sittelle, pigeon colombin, voir certains canards) on les appelle des occupants secondaires.

Les nids (tous les nids)

I. Nids de grands vertébrés

Nids de gros oiseaux (héron, Cigogne noire, balbuzard, pygargue, Milan royal…), d’un diamètre supérieur à 80 cm et composés principalement de branchettes, de brindilles sur les branches maîtresses dans la canopée (fig. 04).

II. Nids de petits vertébrés

Nids construits par de petites espèces d’oiseaux, de loirs, de souris ou d’écureuils (fig. 05), d’un diamètre compris entre 10 cm et 80 cm.

III. Nids d’invertébrés

Nids de la Fourmi noire des bois, d’abeilles sauvages dans le tronc ou cocon des Chenilles processionnaires du chêne (fig. 06) et du pin.

Les structures épixyliques, épiphytiques ou parasites

Par Jean-François PETIT

Sont dits “épiphytes” des organismes (plantes, algues, bactéries, champignons lichénisés) qui poussent en se servant des autres plantes comme support. Est dit “épixyle” tout ce qui croît sur le bois. Les espèces épixyliques (mousses et lichens) font leur propre photosynthèse et ne se servent pas de la plante hôte comme source d’énergie.

fig. 01 — Les mousses installées sur ce tronc (avec quelques lichens) constituent un habitat pour diverses espèces et une isolation d’appoint pour l’arbre.

I. Les Bryophytes

Les bryophytes (fig. 01) sont des mousses ou des hépatiques, n’ayant ni système vasculaire, ni fleur, ni racine et ne se servent pas de la plante hôte, hormis comme support. Ils sont considérés comme des dendromicrohabitats à condition qu’ils couvrent plus de 10 % du tronc de l’arbre hôte. On va y trouver les espèces associées suivantes : papillons, gastéropodes, lichens, coléoptères et oiseaux. On trouve ces mousses dans des espaces gérés ou en libre évolution et leur croissance est assez rapide.

II. Les Lichens foliacés ou fruticuleux

Les lichens foliacés (qui forment des lobes), ou fruticuleux (qui forment des “buissons”), couvrent au moins 10 % du tronc et ont une épaisseur supérieure ou égale à 1 cm (fig. 02). Contrairement aux bryophytes, en raison de leur petite taille et de leur croissance lente, les lichens doivent se frayer une place peu propice aux autres
plantes afin de ne pas être exclus par la concurrence.
Certains champignons ne peuvent pousser que sur des lichens épiphytes. On y trouvera les espèces associées suivantes : les papillons, les coléoptères, les arthropodes prédateurs ou araignées et des gastéropodes.

fig. 02 — Lichens foliacés (A) et fruticuleux (B) sur un tronc

fig. 03 — Le lierre, ce mal aimé, fournit une couverture à son hôte, et un abri, du pollen ou des fruits à de multiples autres espèces.

III. Le lierre et les lianes

Ce sont les lianes ou phanérogames grimpants, comme le lierre (fig. 03), la clématite ou encore le chèvrefeuille. Les lianes sont des plantes grimpantes herbacées ou ligneuses à la tige particulièrement souple qui utilise d’autres végétaux comme les arbres mais aussi d’autres supports verticaux, afin de monter vers la canopée bénéficiant d’un meilleur ensoleillement. Elles couvrent la surface du tronc. Comme pour les bryophytes et les lichens, au moins 10 % du tronc doit être couvert.
Les espèces associées sont les coléoptères, hyménoptères, oiseaux, champignons et mustélidés. À noter, le lierre fournit en automne du pollen pour les abeilles, et ses fruits en hiver pour les oiseaux. Le pigeon ramier et les grives en raffolent.

IV. Le gui

Plante épiphyte et hémiparasitaire (fig. ci-contre) poussant généralement dans la canopée. Pour être comptabilisée comme dendromicrohabitat, la taille de la structure doit être supérieure à 20 cm de diamètre. On connaît huit espèces d’insectes en Europe strictement inféodés au gui européen (Viscum album). Ses fruits sont appréciés par certains oiseaux en hiver. Les espèces associées au gui sont les fourmis, les coléoptères, les papillons et les oiseaux.

Les blessures et bois apparents

fig. 01 — Une blessure ancienne (A) en train de se transformer en habitat multiple, et une seconde plus récente (B) flanqué de son bourrelet de cicatrisation (C)

I. Bois sans écorce

Il s’agit d’un arbre sur lequel il manque de l’écorce (fig. 01) d’une surface supérieure à 300 cm 2 (une feuille de papier A5 environ), dû à un écorçage lié à des travaux forestiers (abattage, débardage…) ou à des mammifères.
On peut y rencontrer des champignons, avides de cellulose ou de lignine, qui trouvent là une superbe porte d’entrée, mais aussi des coléoptères, des hyménoptères, des papillons… Parfois l’arbre va cicatriser, mais la biodiversité associée ne sera plus présente.

II. Blessures dues au feu

En général les cicatrices dues au feu sont situées sur la partie basse de l’arbre et en forme de triangle, on ne les comptabilise que si leur surface fait 600 cm2 (une feuille de papier A4 environ) ou plus. Bon à savoir : les espèces qui s’implantent après le passage du feu s’appellent les espèces pyrophiles, car elles ont un besoin impérieux de coloniser des endroits où le feu est passé. Le bois carbonisé peut être colonisé très vite par certains champignons de type ascomycètes et ensuite ils nourrissent certains insectes

III. Écorces décollées formant un abri

Parfois on rencontre des écorces décollées vers le bas, il suffit que leurs tailles soient supérieures à 10 cm
de hauteur et de largeur et décollées de 1 cm et plus et les voilà dendromicrohabitats. Ils vont pouvoir accueillir certaines chauves-souris comme la Barbastelle d’Europe qui s’abritent sous les écorces décollées dans la journée.
On y trouvera aussi des refuges pour certains gastéropodes forestiers et certains oiseaux.

La loupe et le chancre

Joris Duval De Coster

fig. 01 — Une petite loupe sur un hêtre

Au sein du “catalogue” des fameux dendromicrohabitats présents en forêt, la loupe et le chancre sont deux types d’excroissances forts intéressantes qui se développent naturellement sur le tronc ou les branches de certains arbres.

I. Les loupes

Les loupes (fig. 01) sont issues d’un emballement local du cambium (fine couche de cellules vivantes en périphérie du tronc qui produit l’aubier vers l’intérieur et le liber vers l’extérieur), formant une protubérance à l’écorce rugueuse pouvant faire plusieurs dizaines de centimètres de diamètre (fig. 02).

Contrairement aux chancres, le bois des loupes n’est pas nécrosé, il ne s’agit donc pas d’une blessure au sens propre, mais davantage d’une difformité. Celle-ci est généralement causée par un stress (blessure, piqûre d’insecte, attaque de bactéries ou de champignons), auquel l’arbre répond en formant une sorte de kyste qui bloque les canaux du bois, gênant ainsi la circulation de la sève. Les fissures dans l’écorce des loupes peuvent héberger des espèces animales très particulières, comme les larves de certains papillons du genre Synanthedon qui peuvent s’y développer. Leur présence en milieu forestier est considérée comme assez fréquente, tant en forêt naturelle qu’en forêt exploitée. En revanche, leur apparition et remplacement en forêt au fil du temps semblent plutôt lents, ce qui leur confère de fait une certaine rareté.

fig. 02 — De grosses loupes sur un épicéa.
fig. 04 — La Nectrie couleur de cinabre (Nectria cinnabarina).

II. Les chancres

À l’inverse, les chancres (du latin cancer) (fig. 03)sont de véritables blessures se développant cette fois sur un bois carié, exposant l’aubier, donc affectant à la fois l’extérieur et l’intérieur de l’arbre, après perforation de la barrière de l’écorce. Leur présence provoque d’abord des boursouflements, craquelures et décollements de l’écorce, puis un pourrissement du bois pouvant conduire à la mort de l’arbre. Ces dendromicrohabitats sont généralement causés par l’installation de champignons parasites ou saprophages (du grec sapros, putride et phagos, mangeur), comme ceux de la famille des Nectriacées plutôt liés aux feuillus (fig. 04).
Les chancres sont aussi un support d’installation de champignons plus rares, tels que Inonotus obliquus, une espèce notamment associée aux bouleaux Betula. Tous ces champignons profitent généralement d’arbres déjà affaiblis, au système immunitaire moins efficace, pour s’installer. À noter que le pH de l’écorce sous un chancre est réputé plus élevé qu’ailleurs sur le tronc, ce qui aurait également pour effet de favoriser des bryophytes (mousses) rares et menacées.
En outre, les cavités provoquées par les chancres attirent des oiseaux insectivores (mésanges, pics) lors de leur recherche de nourriture. En forêt naturelle, la fréquence des chancres est considérée comme assez rare, alors que ceux-ci seraient davantage présents en forêt exploitée.
A contrario, leur apparition et remplacement au sein de l’écosystème seraient plutôt lents, ce qui — à l’instar d’autres dendromicrohabitats, comme les loupes — leur conférerait une certaine rareté

fig. 03 — Un chancre sur un tilleul sauvage a fendu le liège protecteur de l’arbre, l’exposant ainsi aux menaces extérieures (maladies, parasites, gelées…).

Les cavités évolutives (ou caries), avec ou sans terreau

Jean-François PETIT

I. Plage de bois sans écorce


Il s’agit tout simplement de bois mis à nu, non protégé par l’écorce, souvent lié à des blessures (fig. 01), avec des coléoptères et des champignons corticiés (en forme de croûtes étalées, sans lames, appartenant à l’ordre des aphyllophorales) (fig. 02).

II. Cavité de pieds avec terreau

Le fond de la cavité, en contact avec le sol, est par conséquent humide (fig. 03). On y trouve des espèces de coléoptères (les Élatéridés, ou “taupins”) spécifiques du
mélanges terreau-humus, de diptères (une seule paire d’ailes) et arthropodes (exosquelette articulé) ainsi que des champignons saproxyliques.

III. Cavité de tronc avec terreau sans contact avec le sol

C’est tout simplement du bois altéré au niveau du tronc à un stade plus ou moins avancé, ayant la forme d’une cavité plus ou moins creusée selon la phase d’évolution. On y trouve les mêmes espèces que précédemment mais dans les dernières phases d’évolution on trouvera des écureuils, des martres, des chauves-souris et des lézards des souches.

IV. Cavité de tronc semi-ouverte avec ou sans terreau

L’excavation n’est pas complètement protégée du microclimat environnant et des précipitations peuvent atteindre l’intérieur de la cavité. Notons que l’entrée de la
cavité peut se retrouver plus haut sur le tronc, d’un diamètre supérieur à 30 cm

Cet article sera régulièrement complété : à suivre…