Au sein du « catalogue« des fameux dendromicrohabitats (microhabitats sur les arbres vivants ou morts très intéressants d’un point de vue de la biodiversité)1 présents en forêt, la loupe et le chancre sont deux types d’excroissances forts intéressantes qui se développent naturellement sur le tronc ou les branches de certains arbres.
Les loupes

Les loupes sont issues d’un emballement local du cambium (fine couche de cellules vivantes en périphérie du tronc qui produit l’aubier vers l’intérieur et le liber vers l’extérieur), formant une protubérance à l’écorce rugueuse pouvant faire plusieurs dizaines de centimètres de diamètre. Contrairement aux chancres, le bois des loupes n’est pas nécrosé, il ne s’agit donc pas d’une blessure au sens propre, mais davantage d’une difformité2. Celle-ci est généralement causée par un stress (blessure, piqûre d’insecte, attaque de bactéries ou de champignons), auquel l’arbre répond en formant une sorte de kyste qui bloque les canaux du bois, gênant ainsi la circulation de la sève.
Les fissures dans l’écorce des loupes peuvent héberger des espèces animales très particulières, comme les larves de certains papillons du genre Synanthedon (famille des Sesiidae)3 qui peuvent s’y développer. Leur présence en milieu forestier est considérée comme assez fréquente, tant en forêt naturelle qu’en forêt exploitée. En revanche, leur apparition et remplacement en forêt au fil du temps semblent plutôt lents, ce qui leur confère de fait une certaine rareté.
Les chancres

À l’inverse des loupes, les chancres (du latin « cancer ») sont de véritables blessures se développant cette fois sur un bois carié, exposant l’aubier, donc affectant à la fois l’extérieur et l’intérieur de l’arbre, après perforation de la barrière de l’écorce. Leur présence provoque d’abord des boursouflements, craquelures et décollements de l’écorce, puis un pourrissement du bois pouvant conduire à la mort de l’arbre. Ces dendromicrohabitats sont généralement causés par l’installation de champignons parasites ou saprophages4, comme ceux de la famille des Nectriacées5 plutôt liés aux feuillus, ou encore Melampsorella caryophyllacearum6.
Les chancres sont aussi un support d’installation de champignons plus rares, tels que Inonotus obliquus7, une espèce notamment associée aux bouleaux. Tous ces champignons profitent généralement d’arbres déjà affaiblis, au système immunitaire moins efficace, pour s’installer.
À noter que le pH de l’écorce sous un chancre est réputé plus élevé qu’ailleurs sur le tronc, ce qui aurait également pour effet de favoriser des bryophytes (mousses) rares et menacées. En outre, les cavités provoquées par les chancres attirent des oiseaux insectivores (mésanges, pics) lors de leur recherche de nourriture.
En forêt naturelle, la fréquence des chancres est considérée comme assez rare, alors que ceux-ci seraient davantage présents en forêt exploitée. A contrario, leur apparition et remplacement au sein de l’écosystème seraient plutôt lents, ce qui — à l’instar d’autres dendromicrohabitats, comme les loupes — leur conférerait une certaine rareté.
- Rita Bütler, Thibault Lachat, Frank Krumm, Daniel Kraus & Laurent Larrieu, Guide de poche des dendromicrohabitats (WSL, 2020). https://www.wsl.ch/fr/publications/guide-de-poche-des-dendromicrohabitats/ ↩︎
- Catherine Lenne, Vous avez dit Biz’arbres ? (Éditions Belin, 2024). ↩︎
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Synanthedon ↩︎
- Saprophage : du grec sapros (= putride) et phagos (= mangeur) ↩︎
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Nectria ↩︎
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Melampsorella_caryophyllacearum ↩︎
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Inonotus_obliquus ↩︎






