L’arbre mort, source de vie

Un arbre met de nombreuses années après sa mort pour retourner à la terre. Il passe par plusieurs étapes qui toutes présentent un intérêt pour certaines espèces animales ou végétales, favorisant ainsi la biodiversité. Nous allons faire court et résumer ces phases qui peuvent atteindre plusieurs dizaines d’années.

Un arbre meurt souvent lentement, les signes précurseurs peuvent être nombreux : sciure de bois et fourmis à la base du tronc, brunissement sous l’écorce, présence de champignon orange sur le tronc, lierre qui envahit le houppier (le lierre, ami de l’arbre, n’atteint jamais la cime d’un arbre en pleine santé)… Quand l’arbre est sec et sans feuilles, le doute n’est plus permis !

Quand l’arbre est sec et sans feuilles, le doute n’est plus permis ! Photo : Jean-Marc Colin.

Le bois mort accueille alors les insectes saproxyliques1 et/ou xylophages2, les premiers arrivés sur le lieu du festin : ce sont des coléoptères qui s’attaquent à l’écorce. Ils attirent les pics qui en sont friands. Les loges à pics favorisent alors l’implantation des champignons (et servent parfois de nid !). L’écorce dégagée attirera d’autres insectes foreurs de galeries (la seconde vague !).

Les loges à pics favorisent alors l’implantation des champignons. Photo : Jean-Marc Colin.

Dans un deuxième temps, l’arbre commence à se décomposer et il va perdre ses branches que l’on retrouvera au sol. Il finira par devenir ce que l’on nomme bien à propos une « chandelle » ou « arbre chandelle ». Dans cette phase, la palette des insectes présents se modifie et s’élargit et plusieurs espèces profitent des galeries et du bois décomposé (des xylophages secondaires).

Le nombre d’espèces saproxyliques est de l’ordre de 5 000 pour les champignons et 2 500 pour les coléoptères. Et environ 30 % des espèces forestières sont dépendantes du bois mort ou dépérissant, à un moment de leur cycle de vie. L’arbre mort qu’il soit debout ou abattu est tout aussi utile.

Sur une chandelle, la palette des insectes présents se modifie et s’élargit. Photo : Jean-Marc Colin.

Plus tard, souvent le tronc se brise et il n’est pas rare de découvrir un moignon debout et la partie haute couchée au sol. Le bois au sol, humidifié, commence alors à se désagréger, accueillant, entre autres, des arthropodes (animaux au corps segmenté). Et les autres sont toujours là ! C’est dire la faune présente !

Photo : Jean-Marc Colin.
Photo : Jean-Marc Colin.

Les organismes du sol s’introduisent alors dans le bois. Lombrics, gastéropodes ou encore cloportes broient les particules qui deviennent accessibles aux micro-organismes et aux champignons qui finissent le travail pour fabriquer l’humus.

Micro-organismes et champignons finissent le travail pour fabriquer l’humus. Photo : Jean-François Petit.

Durant toutes ces phases, des espèces prédatrices viennent s’alimenter auprès de tous ces organismes présents dans le bois. Bon appétit !

Un arbre mort est plus vivant que vivant !


  1. Saproxylique : organisme vivant dépendant à un moment de son cycle de vie du bois mort. Du grec sapro (= putride) et xylique (= bois). ↩︎
  2. Xylophage : organisme vivant se nourrissant de bois. Du grec xylo (= bois) et phage (= manger). ↩︎

Depuis 2021, Libre Forêt acquiert des parcelles forestières en Lorraine pour les laisser évoluer librement. Déclarée d’interêt général et agréée 1% for the Planet, l’association réalise également des suivis scientifiques et mène des actions de sensibilisation autour de la libre évolution.

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