La forêt dans la littérature

« L’aube était souveraine. Dans mon dos, la forêt parlait. Ce n’était plus la grande conversation de la nuit, celle qu’elle s’autorise quand les hommes dorment, c’était le murmure sibyllin du matin, fait de mille chuchotements : feuilles qui frémissent, becs qui chantent, herbes qui dansent. »

Bénédicte BELPOIS, “Saint Jacques

Là-haut, c’est une marée de pins Laricios hauts de 25 mètres. Les forêts cévenoles ont cette capacité de redonner à l’homme sa dimension véritable. Les arbres séculaires nous rappellent toujours à notre fragilité, laquelle est très vite balayée par un champ de coupe et de dépressage fait à la diable, un élément que je n’avais pas du tout prévu lorsque cette zone m’est apparue comme un corridor possible pour la meute.

L’entreprise a laissé derrière elle un amas de branches mortes sur plusieurs kilomètres-carrés et le sol a été retourné et labouré sans égard. Ce paysage n’est sauvé que par le chant des oiseaux. Jean-Jacques ronchonne : « ça va être long à se remettre tout ça ». Les premières couches du sol sont aussi importantes dans l’écosystème qu’un grand prédateur ou un arbre.

Sa constitution, débris de roche, terre, argile, petits insectes, animaux morts et matière végétale, participent au futur d’un territoire. Il est, entre autres, lieu de stockage de l’eau de pluie et du carbone. C’est une ressource très peu renouvelable qui a mis des milliers d’années à se former et qui peut en quelques minutes, perdre toute ses capacités de résilience.   

Antoine NOCHAT, « La bête qui mangeait le monde »

Depuis quelques temps déjà en Europe, plusieurs groupuscules, dans la même veine que Rousseau un siècle plus tôt, reconsidéraient l’éloignement entre l’homme et son environnement naturel, au profit l’accroissement des villes. Pour eux, nous perdions nos racines si essentielles à notre bien être que nous risquions de nous engouffrer dans un système délétère pour l’homme lui-même. De ces réflexions est notamment né un groupe d’artiste à Barbizon, en forêt de Fontainebleau. Ce n’est pas la pensée écologique de Muir ou de Thoreau qu’ils embrassèrent, mais une vision romantique de la forêt qui reprenait vie dans nos paysages et qui leurs redonnait le goût des valeurs aussi simples que la contemplation et la sérénité. Parce que leur refuge forestier leur fit prendre conscience de la nécessite de vivre  aux côté des arbres, ils militèrent et finir par obtenir alors les premières réserves, dites « artistiques » , sur quelques parcelles de cette grande forêt, dans laquelle ils allaient se ressourcer et s’inspirer. Pour la première fois en France, cette forêt laissée à elle-même, allait devenir seule maîtresse d’une nature sauvage. Pendant encore plusieurs décennies cette situation restera un cas unique de protection d’un espace forestier pour le rendre à « mère nature ».

Laurent TILLON, « Être un chêne – Sous l’écorce de Quercus »

“J’aime le bouleau parce que c’est un arbre gentil, fragile seulement en apparence, comme les femmes. En réalité, il supporte des écarts thermiques de moins 35°C à plus 35°C. Avec son écorce riche en tanin, on obtient cette substance particulière pour le tannage des cuirs, qui donne le célèbre parfum “cuir de Russie” et, toujours avec son écorce, imperméable et isolante, on fait des chaussures,des toits de cabanes et des sols, des blagues à tabac, des stores, des pirogues sans compter que pendant la seconde guerre mondiale, il arrivait que l’on broie l’écorce des jeunes bouleaux en farine pour faire le pain. Le poète Sergueï Essénine disait de lui qu’il était l’arbre-enfant, l’arbre-amour.”

Mario RIGONI STERN