L’été de tous les dangers

Tout le monde est surpris par les canicules qui se sont succédé tout au long de ce printemps et de cet été. Tout le monde, sauf peut-être les écologistes ! Le changement climatique, personne ou presque n’y croyait ; pourtant, en pleine canicule, la réalité rattrape brutalement chacun d’entre nous.

Petit retour sur la journée du 23 juillet où, d’après des données éphémères glanées sur Internet, un record absolu a été battu : celui du nombre d’avions en vol en l’espace de 24 heures. Ce jour-là, 287 000 aéronefs ont sillonné le ciel mondial, soit un décollage toutes les 14 secondes. Comment ne pas corréler ce chiffre au carnet de commandes d’Airbus, plein à craquer pour les années à venir ?

Nous n’avons jamais eu aussi chaud au cours d’un été depuis le début des relevés météorologiques. Parallèlement, le Rhin est resté totalement innavigable, entraînant de lourdes conséquences économiques. Cet été a également été marqué par le vote de la loi Duplomb, qui réintroduit l’acétamipride, un puissant insecticide neurotoxique pourtant interdit depuis 2020.

Au 31 août 2026, les surfaces détruites par les incendies ont atteint le chiffre record de 115 000 hectares. Ces sinistres, devenus pour la première fois de véritables méga-feux, ne seront plus des événements rares et ne se limiteront plus au sud de la France. Tout cela aurait certainement pu être évité.

Photo : Hugo Roussel.

Mais mon propos est ailleurs. La libre évolution des forêts ne sera jamais une source d’incendie comparable aux alignements de résineux travaillés en monocultures (même essence, même âge, même diamètre). Ces arbres, souvent modifiés par la main de l’homme pour produire un bois parfaitement conformé, forment de véritables poudrières. On ne peut plus laisser croire que la seule lutte contre les incendies suffira à régler le problème.

En Aquitaine, nous avons favorisé ces plantations industrielles pour remplacer des forêts de chênes-lièges et des landes, créant ainsi ce qui est devenu le plus grand massif forestier français. Aujourd’hui, ces monocultures représentent un risque réel pour l’environnement, la biodiversité, notre santé et, plus largement, pour notre capacité à habiter sereinement cette planète.

Il est urgent de revoir notre politique forestière en intégrant ces paramètres. Notre credo est clair : nous devons sanctuariser des espaces en libre évolution dans de nombreux massifs forestiers, avec une très forte proportion de vieux bois abritant des dendromicrohabitats1. Cela permettra de densifier l’ensemble de la biodiversité forestière et de renforcer sa résilience face aux incendies2. Il faut miser sur la diversité des essences et, surtout, laisser faire la nature qui, depuis des millions d’années, sait parfaitement s’auto-gérer là où nous agissons en apprentis sorciers. Des essences feuillues apparaîtront ainsi de façon naturelle. Cessons de nous évertuer à planter des essences exogènes, comme le prévoyait en partie initialement le plan France Relance.

Pour conclure, notre objectif est de diminuer les tensions anthropiques sur tous les habitats, plus particulièrement sur les forêts, pour permettre au milieu d’évoluer selon ses propres termes. Il ne s’agit pas de laisser un terrain à “l’abandon”, mais de ne pas intervenir, ce qui revient à laisser les processus naturels reprendre leur cours dans l’environnement. Et surtout, maintenons notre lucidité, car aucune forêt ne sera à l’abri de sinistres tels que ceux de l’été passé.


  1. Voir notre « feuilleton » sur les dendromicrohabitats ici. ↩︎
  2. Voir l’article de Joris Duval-de-Coster, Les forêts en libre évolution sont-elles davantage vulnérables aux incendies ?. ↩︎

Depuis 2021, Libre Forêt acquiert des parcelles forestières en Lorraine pour les laisser évoluer librement. Déclarée d’interêt général et agréée « 1% For The Planet », l’association réalise également des suivis scientifiques et mène des actions de sensibilisation autour de la libre évolution.

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