Le Protocole de suivi dendrométrique des réserves forestières

Si la mission principale de Libre Forêt consiste à acquérir de parcelles forestières pour les laisser évoluer librement, il nous semble essentiel de pouvoir également suivre et documenter cette évolution au fil du temps. Le Protocole de suivi dendrométrique des réserves forestières (PSDRF), auquel nous avons été formés par les Réserves Naturelles de France en 20251, nous permet de mettre en œuvre un tel suivi, du moins dans certaines des forêts de l’association.

Mise en place du protocole à Jaulny

Matérialisation du centre d’une placette. Photo : Hugo Roussel.

Le protocole de suivi dendrométrique est conçu pour des forêts de 20 hectares ou plus. Avec ses 20,88 hectares, la parcelle de Jaulny2 s’y prête donc complétement. Dans un premier temps, il s’agit d’installer sur l’ensemble de la parcelle des zones de relevés que nous visiterons tous les 10 ans. Chacune de ces zones est une “placette” circulaire de 40 mètres de diamètre, dont les centres sont idéalement espacés de 100 mètres (soit 1 placette par hectare). Pour des raisons topographiques, nous avons dû réduire leur espacement à 80 mètres, et avons pu ainsi en disposer 21.

Les placettes

Anatomie d’une placette. Illustration : Hugo Roussel.

Chaque placette est composée de cinq zones disposées autour de son centre, dans lesquelles on ne prendra en compte que les arbres répondant à certains critères :

  • Dans un rayon de 0 à 10 m, on considérera les arbres vivants ou morts sur pied, d’un diamètre supérieur à 7,5 cm
  • Dans un rayon de 10 à 20 m, on considérera les arbres vivants ou morts sur pied, d’un diamètre supérieur à 30 cm
  • Dans un rayon de 0 à 20 m, on ne considérera que les arbres morts au sol, d’un diamètre supérieur à 30 cm
  • Sur les 3 transects, on ne considérera que les arbres morts au sol, d’un diamètre compris entre 5 et 30 cm
  • Dans les 3 sous-placettes de régénération, on considérera seulement les arbres vivants, du semis à ceux dont le diamètre ne dépasse pas 7,5 cm

Les relevés

Mesure de l’azimut d’un arbre à la boussole. Photo : Kelig Leclerc.

En fonction des critères énoncés ci-dessus, on relèvera différentes informations sur les arbres, selon qu’ils sont vivants ou morts, debout ou au sol : leur localisation par rapport au centre de la placette, leur essence, leur diamètre, les dendromicrohabitats3 présents, le degré de décomposition s’il s’agit de bois mort, la couverture s’il s’agit de régénération…
Pour réaliser ces mesures, boussole en grade, gps, dendromètre électronique, compas forestier, jumelles ou encore couteau de poche sont des outils indispensables. Toutes les données sont collectées grâce à Dendro 3, une application développée par les Réserves Naturelles de France, puis transmises à leur base de données nationale.

Les données

Les conditions ne sont pas toujours idéales pour effectuer des relevés. Photo : Jean-François Petit.

À l’issue de ce premier cycle de relevés, qui aura nécessité 13 jours sur le terrain4, le rapport généré par les Réserves Naturelles de France révèle plusieurs points intéressants. Par exemple, si le hêtre prédomine en volume, ce n’est pas le cas en nombre d’individus. Nous apprenons également que les arbres d’un diamètre supérieur à 70 cm sont malheureusement rares sur la parcelle. Quant à la diversité, nous avons recensé sur les placettes 25 essences (tilleul, merisier, orme, érable, alisier, aubépine, cornouiller, noisetier…), 456 arbres vivants, 37 types de dendromicrohabitats…
Le deuxième cycle de relevés, prévu en 2036, nous permettra de comparer les données collectées à dix ans d’intervalle et ainsi de voir comment se comporte une forêt en libre évolution au fil du temps.

Équipe de terrain

Une pause tout confort dans le froid hivernal. Photo : Hugo Roussel.

Pascal Raymond a cartographié les emplacements des placettes. Avec l’aide précieuse de Stéphane Leriche, Jean-François Petit et Hugo Roussel ont matérialisé le centre des placettes, puis effectué les relevés. Kelig Leclerc est également venue en renfort sur le terrain pour apporter son aide.


  1. Cette formation, menée par Eugénie Cateau (RNF) et Yohan Paillet (INRAE), s’est déroulée les 26 et 27 mars 2025 à la Maison du Lac d’Aiguebelette (73). ↩︎
  2. Voir sa fiche descriptive ici. ↩︎
  3. Voir notre « feuilleton » sur les dendromicrohabitats ici. ↩︎
  4. Quelques aléas (intempéries, doigt entaillé…) nous ont parfois contraint à battre en retraite. ↩︎

Depuis 2021, Libre Forêt acquiert des parcelles forestières en Lorraine pour les laisser évoluer librement. Déclarée d’interêt général et agréée 1% for the Planet, l’association réalise également des suivis scientifiques et mène des actions de sensibilisation autour de la libre évolution.

Nous soutenir

Nous suivre